Publié par : editionnumerique | mai 26, 2010

Le devenir de l’édition numérique dans la chaîne du livre

Le livre numérique se trouve au cœur d’un paradoxe : celui du marché.  En France il n’existe pas encore vraiment. Pourtant chacun sait que ses contours se dessinent de façon accélérée.  Il y a un véritable  sentiment d’urgence qui tenaille les acteurs de la chaîne du livre.

Ce sentiment d’urgence naît de l’attente et de la demande d’un nombre de lecteurs en expansion. Pour autant,  le modèle économique qui permettrait à ce marché d’être créateur de valeur n’est toujours pas clairement défini.

Cette urgence se justifie aussi, par le parallèle qu’on ne peut s’empêcher de faire avec le domaine de la musique. Un monde nouveau, celui de l’édition numérique, va-t-il renverser un monde ancien? Ce même monde ancien qui garantissait le respect des droits des créateurs et des diffuseurs ?

Enfin, ce sentiment d’urgence s’accentue avec les  grandes vagues que les principaux opérateurs internationaux provoquent sur l’univers de l’écrit. Ces géants de la production ont focalisé, depuis des mois, l’attention médiatique et une partie du débat public.

Google. Il a été le premier à engager le mouvement par ses tentatives de numérisation massive de livres. De nombreux propriétaires de droits ont vécu son entreprise  comme une remise en question brutale du droit d’auteur. La mise en ligne de contenus protégés et l’a possibilité de leur exploitation marchande selon des conditions proposées par l’opérateur seul, sans l’accord des détenteurs de droit, a nourri, une vive émotion et de nombreux contentieux.

Amazon,. Le célèbre libraire en ligne dont le modèle de distribution s’étend à une infinie gamme de produits marchands, a développé de son côté une offre intégrée de distribution de livres numériques. Son opération peut être  qualifiée de  succès outre-Atlantique. Ce sont environ 400.000 livres numériques, proposés majoritairement en langue anglaise.

L’inquiétude est née de ce qu’Amazon revendique son droit à la fixation des prix. Ces réclamations ont , par exemple, dé-référencé au Royaume- Uni un grand éditeur qui n’acceptait pas ses revendications.

Apple. C’est de lui qu’est née la troisième vague. Le constructeur souhaite étendre sa stratégie de vente de contenus et de services développée sur les i-pods et les i-phones. Le lancement de l’i-pad, très médiatisé et qui est un succès, traduit l’ambition d’Apple d’être de plus en plus présent sur la distribution d’ouvrages numériques.

Sans doute à terme, la lecture de livres ne sera pas le premier usage de l’i-pad. Compte tenu de ses dimensions, il semble plus adapté, par exemple, à la lecture de la presse ou de documents professionnels. Néanmoins que c’est la capacité d’Apple à proposer des livres qui a suscité en France le plus d’intérêts  et aussi un important nombre de questions.  De nombreux commentateurs se sont mis à prédire  la réplication au domaine du livre au phénomène induit par l’i-pod sur la musique : prolifération de copies pirates ; déplacement de la valeur du contenu vers le lecteur numérique.

KEYSTONE-a | La tablette de lecture Kindle.

Ces grands opérateurs sont alignés surdes modèles « verticaux ».  A partir de fichiers obtenus de façon plus ou moins consensuelle, ils relient la distribution de contenus à un récepteur, logiciel ou « reader » . L’expérience d’achat et de lecture est soumise à la liberté d’action des éditeurs. Il en va de même pour les distributeurs et des libraires. Ils posent en plus la nécessité de ré envisager la question des droits des auteurs.  Ils sont donc, par nature, susceptibles de déstabiliser la chaîne du livre. Soit en s’affranchissant des conditions de l’éditeur, soit en provoquant une une rupture dans les fonctions de médiation.  Par exemple à travers un mode de vente directe par l’éditeur et avec le risque de faire basculer le libraire dans la disparition. A cela s’ajoute  « l’auto-édition » qui peut séduire certains auteurs célèbres, dans l’espoir de conserver à leur seul bénéfice les droits d’exploitation numériques de leurs ouvrages ou même des auteurs inconnus qui trouvent là le moyen de proposer leurs œuvres,en échappant au jugement d’un éditeur.

En France, chaque année, la chaîne du livre permet la publication d’environ 60 000 livres. Elle fait intervenir plusieurs acteurs : l’auteur, l’éditeur, l’imprimeur, le distributeur chargé de la distribution logistique du livre, et au bout de la  chaîne, juste avant le lecteur, le libraire, qui a pour fonction la promotion et la diffusion de nouvelles œuvres.

La chaîne du livre numérique est, à l’heure actuelle, calquée sur la chaîne papier :

– les éditeurs qui souhaitent proposer une offre numérique transfèrent leur catalogue en format numérique ;
– les distributeurs sont chargés de la distribution des fichiers aux clients. Ils les conservent et gèrent les accès ;
– les « agrégateurs » rassemblent des livres de différentes sources, de différents éditeurs ;
– les libraires mettent à disposition les livres numériques sur un site Internet, ou encore via des bornes d’accès installées dans leurs locaux .

Faut-il, pour préserver la pérennité de tous les maillons de cette chaîne, céder à la tentation du statut quo et du « bunker »? Certainement pas. Les grands opérateurs sont là, au cœur de la pratique quotidienne de millions d’usagers.  Ils répondent à des attentes légitimes. Il s’agit donc, en établissant des des stratégies communes et des règles claires de trouver le bon consensus. Seul ces accords préalables permettront des partenariats fructueux , tant avec les acteurs publics que privés.

C’est la réponse qui semble la plus adaptée aux attentes de lecteurs qui deviennent des lecteurs multi-supports. L’essor du livre numérique dans le paysage culturel français ne se jouera qu’en remplissant ces conditions.

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