Publié par : editionnumerique | mai 27, 2010

La question délicate du prix

L’ ebook, est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et, bientôt, des euros. Pour certains, il est l’avenir comparé au livre classique et passer à côté serait économiquement fatal. Pour d’autres, il ne s’agit que d’un gadget sans grand intérêt et bien trop onéreux. Puisqu’un fichier revient moins cher à fabriquer qu’un volume broché, le lecteur s’attend à une baisse de prix significative. Alors, qu’en est-il ?

Rappel des faits

Hervé Gaymard présentait en mars 2009 son rapport à Christine Albanel sur la situation du livre. Il notait que si le prix unique du livre papier a un sens, sa version numérique devrait être prise comme un cas à part.

Pour le député UMP, passer « par une offre d’ouvrages accrue et diversifiée ainsi que par une réduction significative du prix par rapport à celui du livre papier : 30 % du prix TTC », ne serait pas une mauvaise idée, ceci grâce, notamment, à une baisse de la TVA (de 19,6 % sur le numérique actuellement, contre 5,5 % sur le support physique).

Mais le SNE, le Syndicat National de l’Edition, monte au créneau en étalant sa vision des choses. Rappelant que le marché du livre numérique ne représente que 30 à 40 millions d’euros, soit 1 % du chiffre d’affaires de l’édition, le syndicat affirme que « contrairement aux apparences, un livre numérique coûte au moins autant à produire qu’un livre papier ». Explications.

La répartition du profit

Le prix moyen d’un livre papier est de 10 euros. Comment se rémunèrent les différents acteurs de la chaîne ? En arrondissant les chiffres, voici comment se partage le « gâteau ».

L’auteur touche 1 €. L’éditeur perçoit 1,50 €. L’imprimeur 1,50 €. Le diffuseur et le distributeur 1,70 €. Le libraire 3,80 € qui couvrent en particulier une partie des frais de transport du livre ainsi que les charges de personnel et le loyer. Enfin, l’Etat récolte 0,50 € grâce à la TVA.

Prenons maintenant le même livre en version numérique. L’auteur touche toujours autant. Le travail de l’éditeur demeure le même quel que soit le support. Il n’y a plus d’imprimeur ni de frais de logistique liés au papier (transport et stockage). A première vue, le livre numérique coûte donc moins cher. Mais…

De nouveaux coûts avec le livre électronique


De nouveaux coûts apparaissent avec le numérique : coûts de conversion des fichiers, de numérisation s’il s’agit de livres anciens, de stockage des fichiers, de sécurisation des données, les frais juridiques liés à l’adaptation des contrats d’édition et à la défense contre le piratage…

De plus, vendre un livre numérique nécessite un e-distributeur et des e-librairies pour la vente en ligne. Donc des contrats à négocier.

Le SNE en profite pour contredire Hervé Gaymard sur ces fameux 30 % : « Enfin, d’aucuns estiment que le prix du livre numérique devrait être inférieur de 30 % à celui du livre papier. Or, il serait absurde de vouloir définir a priori un différentiel de prix entre livre numérique et livre papier. D’une part, parce que le prix différera selon le type de livre numérique : littérature, science et technique, scolaire, poche ou première édition, édition numérique enrichie ou non… D’autre part, le livre numérique conduit à proposer de nombreux modèles commerciaux autres que la vente de livres à l’unité : vente par chapitre, par page, location, vente en bouquets, abonnements, droits d’impression ou non… En tout état de cause, c’est le marché qui imposera peu à peu les prix, qui seront sans doute très différenciés ».

Le livre numérique : moins cher ?

Le rapport du MOTif (disponible dans la partie « Téléchargements utiles » de notre blog) apporte de premiers éléments de réponse.

La méthodologie de l’étude a consisté à interroger des auteurs et une vingtaine de sociétés (éditeurs, graphistes, compositeurs, agences photos, diffuseurs, distributeurs numériques, libraires). Elle se porte sur un panel de 5 modèles de livres numériques (roman, guide pratique avec illustrations, beau livre ou album illustré et BD). L’étude part de prix de vente publics qui s’esquissent sur le marché américain, entre 12,99 et 14,99 euros le fichier.

Le rapport conclut que « les seuils de rentabilité pour des livres sans contenus multimédias (qui s’établiraient entre 50 et 500 exemplaires pour des nouveautés, 200 à 800 pour des livres à numériser) ne semblent pas irréalistes ». Ainsi, un roman à 12,99 euros pourrait être rentable à 200 exemplaires écoulés. Un beau livre illustré, vendu au prix de 14,99 euros, 847 exemplaires. Si les titres sont enrichis en multimédia comme le laissent imaginer les multiples supports de lecture avec vidéo, comme le iPad, il faudra en vendre au moins deux fois plus. Tout dépend donc de ce que l’on numérise.

« On peut faire des livres numériques en espérant des gains rapides notamment sur les nouveautés », conclut ainsi l’étude. Elle intègre les opérateurs télécoms dans le gâteau et accorde 15 % à l’auteur (base actuelle de négociations pour de nouveaux contrats incluant les droits numériques) , quand la moyenne est aujourd’hui de 8 % pour le papier.

A première vue, il semble que la numérisation soit un succès commercial à venir où tout le monde pourrait s’y retrouver. Cependant, les livres qui ne sont plus disponibles dans les catalogues (ni en papier ni en numérique) intéresseront-ils les éditeurs ? Les conditions commerciales et juridiques seront-elles favorables aux auteurs ? Et le piratage ne risque-t-il pas de prendre de l’ampleur face au succès des lecteurs électroniques ? Des débats qui débutent à peine.

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